Miel sauvage et bourdon inuit

Ecrire, dire, faire frire la criture, afficher, amplifier,  brûler quelques bâillons  (et en enregistrer la rumeur-crépitement).

Mouvement intime, collectif, peuplé, nu, armé avec des morceaux de bruits frais à l’intérieur.

Blog à part, sarbacane électronique d’édition, flux au curare, crachat quatre étoiles sur le grand mur intertrouble,

Lieu de transformation espéré …

Pour votre santé veuillez emprunter les passages souterrains et avancer jusqu’au feu.

(et pour vous orienter dans ce bazar de textes cliquez sur les trois barres en haut à droite ou sur les boutons au dessus de notre tête, sinon laissez dérouler le papyrus… )

Geste (tremblant) d’ouverture

Face à la terreur et au tremblement enfoncer le clou de ce qu’on est…

Dire que nous sommes pas immuables et que le tremblement, justement, nous est constitutif. Qu’il est la meilleure manière de frôler, résonner avec l’incertitude du monde.

Face à la violence des normatifs, face aux identités bellicistes pour qui l’autre est un obstacle, face à ceux qui dénigrent le spirituel et dévaluent le politique, face aux prédations économiques nous affichons , notre vulnérabilité, un certain besoin de l’autre.

Nous continuons à chercher une parole indécise, nos langues comme des saumons dans les courants du monde, nos identités multiples, réversibles, fluantes, nos opinions en pleine mue, nos croyances en oscillations.

A affirmer que tout est à faire, que nos origines sont devant nous, que nos racines sont aériennes et se balancent au gré des vents, que nos pensées pratiquent la photosynthèse poétique et transforment lentement le rayonnement en organisme mais que la peur est un gilet anti-rayonnement, anti-vie, anti-poésie. Affirmer que nos valeurs sont le questionnement, le doute voire une angoisse qui tente de s’assumer et de se transformer face à cette totalité de présences.

Que la dérive bien plus que l’intégration est notre mouvement.

Que notre boulot est de travailler inlassablement notre tolérance comme un poulpe que l’on tanne et qui n’en finit plus de s’attendrir, de dénicher nos clichés arrêtés par quels écrans, par quels murs à abattre, en les propulsant vers leurs propres extérieurs. Et que si nous n’accomplissons pas cette tâche régulièrement, presque rituellement il y aura toujours un tremblement de tête ou de texte, de corps ou de société pour nous le rappeler, cruellement.

Seul l’océan se remet du séisme.

Que vivre ce n’est pas se reposer dans une quelconque fixation de situation, d’opinion, d’habitat, d’habitus.

Que penser c’est ronger la chaîne et tendre des oreilles comme des ponts vers ce qui est sensé ne pas nous concerner.

Que ma fragilité revendiquée, ma virilité vrillée à toutes les sensibilités non identifiées, mon irréductibilité à quelque milieu que ce soit me fonde sur un sable des plus mouvant, instable et que cela constitue ma seule richesse. Que je ne laisserai personne couler une dalle, fut elle démocratique sur mon être.

Affirmer que nous poussons dans les failles.

Fleurs plantées drues

Miradors en zone érogène

les hommes promènent leurs carcasses musclées et sans doigts

Coup de dents, de bouche, de langue,

on a irradié nos corps manchots de sens uniques

projectiles sous la morale, dans la mare, sur la vitrine,

tout ce qui nous tient à distance, la civilisation en cas d’urgence, les uns des autres, et de la vie.

Tic tac à l’entour des charniers sous cellophane, couloirs lyophilisés et étiquettes qui fondent au dessus de nos portes.  La roue de la pellicule vocifère.

Mon cerveau est un vaste  village où tout le monde parle à tout le monde.

Horizons en ramifications, je durcis mon attention isotrope, réfléchis mes rancoeurs pour atteindre arracher la racine des miradors.

Les lumières sont murmures kaléidoscopiques. Notre nuit se sature de chemins.

somme sans sommation

Nous sommes des radicaux libres

faisant mille volts face aux nords, virant nos mors en tout sens, tournant en rond, actualisant la cage à tout rompre

brùjulando

 

La terlangue sous la langue, le trait d’union géographique,

aiguille magnétique raide, fiches fétiches en conversion 

l’appel d’eau, de terre, de feu.

Nos sujets en transpartitions (papier musique trouvé criblé sur le trottoir)

et ce rouge qui trace des lignes entres les points (enfantillages-convergence se relient sous la tôle)

suture silence sur fin fil grésil

nos textes sèchent et perdent leurs sèves

de terre, d’eau, de feu, 

et les boussoles continuent de brûler…

 

Nous restons des plumes phosphorescentes, hymnes des tréfonds, nos valises à la main dans les boues américaines.

Algues filantes cernées dans la réverbération des nasses, forces foliantes, énergies filles de lésion.

Nous sommes là où on ne nous attend plus, partout où ça craque, à la couture des filets, les doigts injectés d’encre.

 

La perte collective est-elle plus importante que la somme de nos pertes individuelles?

Et la violence fournie pour fissurer le nous est-elle plus conséquente que la somme des énergies nécessaires pour refaire nos je?

 

nous resterons 

les pieds dans cette terre que l’on acidifie,  frères conifères, la tête par la résine dans les cimes, épinglant plus que leurs raisons.

(vous ne trouvez pas quand même que ça sent la boussole brulée?)

Premier Conflit (un baiser sur la bombe)

Ces ateliers d’écriture ont été menés avec des élèves du lycée Perdiguier à Arles dans le cadre d’un « Bazar Etabli », dispositif d’investissement artistique d’un lieu, sur le thème du conflit.

La littérature n’avance que par conflits successifs, pire encore la poésie dont l’histoire est une pure ligne de ruptures où la violence couve sous le verbe.

On pourrait même dire que la poésie est la frange armée du langage, la ligne de front, la tranchée où se mène le combat entre la langue classique, convenue, établie, en règle, ayant ses petits papiers et ses grandes écoles et les émotions nouvelles foudroyantes, celles qui n’ont pas trouvé leurs mots, leurs voies, celles qui cherchent leurs indicibles, ce nouveau monde qui pousse ou fait irruption sous nos yeux et nos pieds, qui fissure.

Zones en friche du langage, terrain de lutte où opère la poésie, parfois de nuit, souvent clandestine, lieu où se mène le complot des nouvelles langues.

Un des autres lieux mouvant où se joue le conflit du sens reste l’oralité, la langue des jeunes, des cités, zones francophones et plus généralement la langue de tous les exclus d » l’académie. La poésie fricote, tricote son fric-frac là.

Il y a 100 ans éclatait en Europe la « grande » guerre, massacre presque industriel de la jeunesse, carnage à la chaîne, morts innommables indénombrables, et par la même occasion effondrement partiel du rêve européen de progrès et de société rationalisée.

Pendant le même temps et en résonance, à Zurich en Suisse où la guerre n’avait pas lieu, un courant littéraire explosif trans-européen voyait le jour, le dadaïsme, la dynamite dans le texte, une des plus grande violence faite à la littérature. On en ressent encore les secousses…

Harmonie du désastre, il fallait composer les ruines avec les ruines. Le texte devenait à découper, à détruire et les poètes les terroristes de la langue…

Sortez vos armes, nous allons écrire.

 

Première partie, écrire au couteau (écrire c’est voler à l’étalage)

Temps 1

On découpe, prélève de façon compulsive, irrévérencieuse des fragments de textes dans les livres disposés sur la table. On fonctionne par lecture immédiate, ce qui vous saute aux yeux, seule question : cela me plait, cela ne me plait pas, cela me parle, me concerne, ou pas. Sans réflexion, la réponse est intuitive. Si on détourne les yeux ce n’est pas pour nous. On ne lit pas les textes, on observe ce qui surgit, ce qui nous mord… Les premiers mots arrivés. S’ils nous plaisent on les note sinon on laisse une ou deux autres chances au livre et on le repose. On renouvelle l’opération jusqu’à obtenir 7 fragments ( plus ou moins). Opérer pendant 15 minute. On ne note pas les références, ce sont tout sauf des citations. Les fragments font entre trois mots et deux lignes.

Temps 2

Récolte.

Une fois ces bris d’obus textuels pris dans la chair de la feuille, on compose un texte « au mieux », on tisse les fragments, on conjugue les éclats. On choisit un ordre, on agence. Il faut essayer ainsi le plus de combinaisons possibles. Le premier morceau sera déterminant, ou pas. On ajoute le moins de mots possible, on peut changer les temps ou les pronoms pour harmoniser. Cet exercice se compare et se nomme également patchwork, le texte est une étoffe, les changement sont alors assimilés à des coutures et on habille arlequin ou à des cicatrices et on habille Frankenstein. 10-15 minutes.

 

Deuxième partie, ring surréaliste

On se met deux par deux au sein de groupe de quatre. On commence par recopier la première phrase de notre patchwork et on passe le texte à son binôme. Il en invente la suite. À chaque clap de main on échange la feuille (il soit ainsi se créer une tension-rythme) au bout de quatre cinq aller-retour on change de partenaire soit au sein d’un carré préalablement défini, soit avec tout le groupe, on peut ainsi générer un moment d’effusion panique du genre « alerte à la bombe ». Ne pas hésitez à utiliser une bombarde. Et on recommence en entamant l’échange par la deuxième phrase du texte écrit au couteau. Tout le monde écrit tout le temps dans l’appréhension hilare du gong (il ne faut pas réfléchir trop longtemps, le temps presse, je dirais 90s)

Recommencer ce processus quatre fois.

Pulpes Fictions-1

J’ai aboyé les chiens, fusillé des snipers, pendu les belles hélènes aux bois des portes

j’ai sniffé plaines et reliefs – la traversée véloce du chantier france – de la poudre de TGV dans les artères – me suis enfermé dehors, libéré dedans.

Rongé par la tranche des traîtres domestiques, dents surnuméraires des vampires des villes, chiens loups auto-encagés

une rage au cou coule maintenant comme des colliers de fonte, des boulets

et je traîne ma tête aux abords aux abords aux abords du monde

j’aboie

 

 

campés sur nos continents

l’angoisse pure y pousse comme les blés

le ventre y est un étang clos, chaud

on n’emploie plus le zénith comme ascenseur

et les pierres ne réceptionnent plus aucune vibration.

 

 

Un coup de blanco sur nos transes – (fugitivités récurrentes de la réalité, les moteurs)

IL FAUT OUBLIER

se curer la carcasse, redevenir maître dans son désordre et lâcher à l’aléa des mots – comme des chiens – des grimaces de consentant, un coup de poudre sur la table.

Je lèche les vitrines des armuriers, les clous s’enfoncent dans la chair

un soleil de banlieue au sommet de mon sang

pour le choix des mots – une lame au hasard

 

 

Mélodies de l’à-vif, pianos des chairs, organes – 14h52.

Je dors en chien, loup, fusil arrêté, écran

l’oiseau passe, part, bientôt arrive – un fils.

 

Je ne suis plus bien sûr que la nuit soit un refuge.

 

 

Place des Antilles à Destine-Nation des cendres et des mots qui ne peuvent pas ne pas sortir de la bouche.

Par livres et livrées, chair au kilos, il n’y a plus que toi pour sauver le propos, réanimer le cœur de ma fiction, palper le cadastre de ma pensée.

 

Dix courent et pas un qui tient – Ombre irrationnelles! Paroles par Liberté ! Procuration.

S’asseoir ou courir isotrope au dessus du gouffre matriciel, un film de tex avery.

T’écrire.

 

Je m’invente une nativité et transforme tous mes allers en retours.

Pulpes fiction-2

Ici

le laboratoire des pneus crevés,

le creuset des détours, l’ornière des routes de l’errance.

Ma poésie texte libre dénué de personnages, de temps, d’organismes à personnalité ou physicalité constantes, texte infidèle à lui-même, corps des nués qui éclate en pétales partielles et particules, fait rouler le sens dans l’herbe et dans la pente.

Les frontières ainsi englouties risquent de vous faire nager une double brassée de néant vidant un flux qui avait fui l’ordre, le discours, les barbelés et les miradors de l’entendement, les fleurs fanées du pot commun resté sourd.

La poésie reste un raccourci Molotov, une grammaire sans grimoire, magie du sujet, seules les heures de vol comptent.

*

Ooo oser abattre les cloisons des geôles du cnrs, organisme onaniste de gestion officielle de la pensée.

Protocole d’expérience. Pro-to-cole – d’expérience. Duo des noms. La vie après l’intestin gèle.

Un pied dans chaque île on décampe.

Une terre décousue, voilà, ce que nous avons à faire, notre métier,

tisser, tard veiller et faire brûler ; une part de nos mots à l’air libre, remodelant le tout de notre petit pareciel,

allumer des issues dans les impasses, des crêtes de feu comme des tignasses de lions,

signaler nos positions archipéliques.

Quand je pense que c’est le n de national qui sauve l’institution légale des savoirs de passer pour une brigade de tigres sans le moindre soupçon de tigrité.

*

Un souffle sur les frêles

mots en pattes paquets, mot sur pieds, remis, becquée parole becquettée, ah non il remet ça,  parole éole puisée, parole purée – allez presse djoni  (ça me rappelle Love Coltrane…)

Po Peu Pai peu peu pao pai  !

Pulpes Fiction-3

Je te regarde jusqu’à l’oubli de mes yeux (et je me suis mis le discours dans l’œil).

Les lignes sautent les têtes muettes. Le pouvoir est un poussin. Prière de ne pas marcher sur les eux. Coupant comme du beurre. Trame rame rime trime. Prochain arrêt sans rançon.

Je tente d’étouffer la lande dans un tunnel à grande vitesse pour comprendre la coïncidence chagrin-destin. Mais il est des mots-autoroutes que sur des indécisions prises je n’emprunterai plus.

 

Toxique d’Eros

Tu ne peux pas croire aux contes de faits toute notre vie ma chérie alors que la décolonisation n’a toujours pas commencé.

Les yeux s’écartent, s’agrippent, se raidissent. La langue rentre dans son étui et se passe la dague au doigt.

Soleil en olive noire et une folie de voyelles météores crachées, mes ambitions vieillissent en un tour de dès, ruines – (langueur corrosion et pluie acide courante) – les soldats encerclent le bloc de chairs, hurlent.

La glu est sourde et le poing à poser, inconnu.

 

Sauf en peau-aimée on ne peut juxtaposer une nuit avec une nuit, je veux dire sans

passer par le jour.

Je place donc des souterrains et emprunte leurs prières.

(jeunes émotions malgaches souhaitent rencontrer papyrus).

Je suis orgie-doxe et je mâche pour entremettre le divorce des pierres.

 

 

Dans la folie s’étiolent quelques êtres chers, cloches qui tintent de verre vrai, fous soufflés au feu

à la fenêtre : des possibles récurent encore le fond de l’air, une église me fait les dieux doux, spiritus lover après-WC, poches d’air vidées et doses d’oxygène résiduelles.

 

Salive slave où se greffe grive prise et prozac, White Clinique, un vecteur venin,

si oui

derrière les contre-vitres s’aliène la raison, s’alignent les résignés, les raisons sous résines, les consignés d’être, ici, ou pas, derrière les contre vitres naît aussi le pas, le pied, le cep, l’enroulement en lierre du serpent autour du bâton, strangle blues, la mort à venir de la médecine légale

nous sommes alliées au fou du fond, couloir 4, tout au fond du fou

si non reste une course hâtive à travers champs / un quelque chose où aller fort sans réserves et sans se retourner

Légitime attaque

Parce qu’il faut bien, quand les tiroirs sont pleins et avant qu’il ne deviennent des cadavres extraire des textes, pour pouvoir continuer à écrire.

(sinon c’est politique du compost, texte brûlé et littératures dans le pré…)

Parce beaucoup de choses ont été faites sans se soucier d’autre chose que de les vivre. Collectivement, intensément, poèmes nucléaires dans un rayon minimum, bombes d’oxygène instantanées. Campagnes d’affichage biodégradées à la vitesse minérale d’une sous-préfecture de bouches du rhône, enregistrements dans une cave calfeutrée d’agitation textuelle, cabarets de paroles et assauts poétiques définitivement consumés en place publique, assemblées de pures présences, archipel diversité et langues déroulées dans tous les sens. « Les gens sont tous venus avec leurs têtes ce soir». Leurs gueules, leurs tronches, leurs poings, leurs textes. Des veillées incandescentes de paroles enchassées, des flux qui se libèrent les uns autres.

Des disques, des revues y ont vu le jour, photopoésie, sonopoésie, expoésie, toutes les sauces osées du fulguro-poème. Mais la majeure partie de l’iceberg est restée en coulisse. Alors pour le plaisir ressortons quelques dossiers.

Et puis ce blog aura pour mes textes personnels une utilité presque hygiènique, celle de leur faire passer le test d’une légère pression atmosphérique. La plupart ne sont que des élucubrations auto-spiralées n’ayant jamais vu le jour et si je me demande encore s’il existe un sens à les partager, il n’y en a peut être pas plus à les garder. Je peux aussi partager cette question.

Si, sur ce fil à linge, un lambeau intéresse votre panière c’est buffet libre. Vous pouvez, pour ne pas rater l’occasion de créer de la Relation, me le dire ici.