Miel sauvage et bourdon inuit

Ecrire, dire, faire frire la criture, afficher, amplifier,  brûler quelques bâillons  (et en enregistrer la rumeur-crépitement).

Mouvement intime, collectif, peuplé, nu, armé avec des morceaux de bruits frais à l’intérieur.

Blog à part, sarbacane électronique d’édition, flux au curare, crachat quatre étoiles sur le grand mur intertrouble,

Lieu de transformation espéré …

Pour votre santé veuillez emprunter les passages souterrains et avancer jusqu’au feu.

(et pour vous orienter dans ce bazar de textes cliquez sur les trois barres en haut à droite ou sur les boutons au dessus de notre tête, sinon laissez dérouler le papyrus… )

Miel sauvage et bourdon inuit

Marée d’encre

Verbe dégainé en apesanteur, voici l’inventaire incomplet des coups de griffe de l’insolent félin, le crève-fleur traquant feu sous l’étamine.

Des ruches prennent source dans son sang et à nos tempes les élytres du sens se mettent à vibrer. James Noël, poète pilote des essaims.

Duvet douceur, neige de mots accumulés, sept solitudes rayonnantes percent ses lignes et nos carapaces-croûtes de langages.

On observe tomber les fractales sans s’apercevoir que c’est notre visage a pris glace. Nous voilà faits, prisonniers de la banquise du poème. A l’entour aucune civilisation pour vous venir en aide. On dérive, dévire, dévide notre oeil, notre tête chercheuse, pris en sandwich dans et par le cosmos, avec l’amour volcanique comme seule arme pour nous sortir de ce mauvais pas. Décapitez l’iceberg, des flux de sens chaud jailliront.

Je me suis baigné trois fois dans le timbre de ses chemins de lave. Trois fois baigné au son-fleuve de ses cloches vocales, patinés au blues de l’errance. Trois fois bu la tasse pour recracher ce présent.

Ici les horloges sont des boussoles et les aiguilles prises de vertiges toxicologiques (un poing-révolte leur est offert en guise de piste d’atterrissage) nos intimes s’y baladent hors de toutes balises.

Démence linguistique légère, on s’installe à ce point d’ébullition où la forme touche la matière, où le mot s’ébouillante au vécu.

Le sème claque hors norme, drapeau des déchets, drapeau des restes, drapeau mis à bas, drapeau brûlé, fumerolles.

On se déplace par choc-pulsation le long d’un itinéraire spiralé. Chaotique harmonie des ruines, la vie affleure sous l’écorce.

Le vent se greffe, éole sous éosine, et des tempêtes se déclenchent dans des bassines, le tremblement des arbres dans le coeur tranquille de nos mots.

Présentez à ce livre vos mains les plus spongieuses, laissez-le y dessiner des veines, des trajets, des caves et excavations, retenues, courants et nappes frénétiques de sens.

Laissez-vous porter, disparus naufragés, avec pour seul récif ce recueil qui est tout sauf une pierre prière, ce recueil dont le feu est la courroie, la contagion, la pédagogie.

Nous y arpentons les lunes de l’inouï, topologie de l’inaudible sur cheval-devenir.

Une détonation à l’hémistiche vous catapulte dans l’ailleurs des échos.

L’oreille sur le chaos, il taille ses notes au magma de l’orgasme, arrache déniche des rythmes serpents dans le gargouillis cyclonique des chants et offre des mots encore vivants au soleil blanc de la page.

Tablier de rouges silences où la mort est un tranchant pour isoler le nerf de la vie. Il est quasiment impossible de suivre la trajectoire de ses phrases filantes tressées dans l’étoffe de la perte.

Les grammaires sont innombrables mais le poète les annulent toutes.

Artisan pour qui écrire est un tournemain, où la main chaque matin se module à l’usage du monde, remis comme un pain à l’ouvrage des modèles, où le doigt et la plume se détourent à la résonance des sphères du corps. Alors si vos entrailles se mettent à danser la gigue, ne venez pas vous plaindre…

La poésie est cette marée d’encre qui sourd dans les cratères laissés par la vie.

texte propulsé par la lecture de Cheval de Feu, l’anthologie poétique de James Noël 

Marée d’encre

Geste (tremblant) d’ouverture

Face à la terreur et au tremblement enfoncer le clou de ce qu’on est…

Dire que nous sommes pas immuables et que le tremblement, justement, nous est constitutif. Qu’il est la meilleure manière de frôler, résonner avec l’incertitude du monde.

Face à ceux que le rire ne désarme pas,  face à la violence des normatifs, face aux identités bellicistes pour qui l’autre est un obstacle, face à ceux qui dénigrent le spirituel et dévaluent le politique, face aux prédations économiques nous affichons , notre vulnérabilité, un certain besoin de l’autre.

Nous continuons à chercher une parole indécise, nos langues comme des saumons dans les courants du monde, nos identités multiples, réversibles, fluantes, nos opinions en pleine mue, nos croyances en oscillations.

A affirmer que tout est à faire, que nos origines sont devant nous, que nos racines sont aériennes et se balancent au gré des vents, que nos pensées pratiquent la photosynthèse poétique et transforment lentement le rayonnement en organisme mais que la peur est un gilet anti-rayonnement, anti-vie, anti-poésie. Affirmer que nos valeurs sont le questionnement, le doute voire une angoisse qui tente de s’assumer et de se transformer face à cette totalité de présences.

Que la dérive bien plus que l’intégration est notre mouvement.

Que notre boulot est de travailler inlassablement notre tolérance comme un poulpe que l’on tanne et qui n’en finit plus de s’attendrir, de dénicher nos clichés arrêtés par quels écrans, par quels murs à abattre, en les propulsant vers leurs propres extérieurs. Et que si nous n’accomplissons pas cette tâche régulièrement, presque rituellement il y aura toujours un tremblement de tête ou de texte, de corps ou de société pour nous le rappeler, cruellement.

Seul l’océan se remet du séisme.

Que vivre ce n’est pas se reposer dans une quelconque fixation de situation, d’opinion, d’habitat, d’habitus.

Que penser c’est ronger la chaîne et tendre des oreilles comme des ponts vers ce qui est sensé ne pas nous concerner.

Que ma fragilité revendiquée, ma virilité vrillée à toutes les sensibilités non identifiées, mon irréductibilité à quelque milieu que ce soit me fonde sur un sable des plus mouvant, instable et que cela constitue ma seule richesse. Que je ne laisserai personne couler une dalle, fut elle démocratique sur mon être.

Affirmer que nous poussons dans les failles.

Geste (tremblant) d’ouverture

Nous sommes le mur

Le mur des discriminations et des fantasmes, le mur des périphéries et de l’intra-muros, le mur de soi, de Melilla et de Cisjordanie, le mur barbelé invisible et infranchissable de toutes les ségrégations économiques, puisque c’est sur celui-là que se projettent toutes les figures de l’autre, ce mur s’écrira et s’éboulera sous le poids de nos plumes, de nos réalités éloignées des formats dictés par les intonations monocordes où se pendent encore nos médias. (Qui de contre pouvoir ne sont devenus que le lieu où le pouvoir peut s’adosser.)

Je suis la frontière, pas à pas, barbelé fragile, fil funambule et je tâtonne cette marche vocale entre le poétique et le politique.

Nous sommes le mur, nous sommes de ce côté ci et de ce côté là, on ne peut plus nous nommer de l’extérieur, nous avons avalé le mur avec le reste des barreaux, avec le code barre, avec toutes les sirènes qui encadrent le paysage et l’ensemble des polices du discours. On a maintenant gros caractère. On s’enlève une à une les arêtes de la bouche, des guilis au pied des miradors, on crache les lettre-débris de ce mur et cherchant aveuglément l’harmonie dans les ruines, on finira par se parler.

Nous sommes le mur

fleur de séisme

Hostie de l’hostilité comme un puits tressé dans l’abîme de janvier.

Le livre renvoie les projectiles.

Le livre est une éponge.

Le livre est une raquette et nous marchons dans les neiges fondues.

Le livre éponge le sang.

 

Vendanges de tous les roués, de tous les rouges, de tous les dehors.

Notre sommeil fermente la poudre.

Il est temps de vider notre couteau, de couler nos contenus de rancune, de poser un rire barillet sur la table … A chaque tour on décapsule un cynisme.

Je brode des bombes en dentelles, roulements à bille et piétinements lacés à ma ceinture,

il n’y a pas à lever une armée de crayons contre les kalachs mais bien à faire passer chaque flux de violence par la tête vive du carbone fossile et déterrer les mots, seule hache de guerre. (Etre viril c’est se vriller dans les courants de l’écrire.)

Poécrimes et tartes à la lettre, les fusils se chargent de mots, de flots bouées et de cadavres.

Je vous parle d’un noel sans père, d’une lune de janvier pelé, glocum dans les veines de l’univers. Les étoiles se figent.

 

Ma langue, elle, se troue, lierre lambeau enroulé sur des vertèbres de filiations pourries, foulée dans les boues des porcheries de l’histoire post-coloniale.

Je me débite chaque soir et distribue mon corps passoire, vessie-ciguë pour quelles lumières universelles, poumons infestés de grandes idées, branches cassantes, cœur renversé et sur le trottoir des écorces d’humanisme séché, des déclarations de peau.

 

La règle du feu est simple : il faudra se brûler pour connaitre la brûlure.

Plonger le soleil à mains nues sous les bord de l’ouest.

Écrire un texte ouvert comme un ventre sur le ciel, une multitude d’aiguilles phosphorescentes pour indiquer à nouveau le sud.

Et affûter la tempête pour extraire ce lexique que l’on nous a enfoncé il y a longtemps dans la bouche.

Pour que la paix règne le sens devra couler par les deux oreilles.

 

 

Le poème ne réfléchit pas. Il absorbe la lumière et recrache des boyaux d’énergie.

Il tire, sort, à moitié arrache la langue du pouvoir pour y inscrire ses raclements de braises.

Le poème est une aiguille de feu pour coudre des ponts, tisser de bord à bord des hommes et des métiers, cicatriser le ciel.

Le poème est une aiguille de feu pour opérer à vif la réalité, zigzaguer un vivre ensemble et faire sonner nos archipels de dissidence.

A pas de flocons entendre se déplacer la danse.

Le poème est une aiguille de feu pour chasser, chercher par et par le chaos, pour passer sens dessus, sens dessous, hors la glaciation des poitrines, nos voix par le grand mors. Pour fondre les barres dans la fixation des chants.

Le poème est une aiguille de feu sertie dans le grand foin médiatique, plantée dans le tendon de l’appel à la guerre et à la sécurité. (Les pirates devront surveiller et démonter tout établissement de plans.)

Le poème est une aiguille de feu soufflée dans les forges des dominés, écrasée par tous les systèmes dominants, il en est le perpétuel reste, l’infinie résistance, ce qui reste au sol après que l’on ait fini de le partager, de se définir.

Le poème est une aiguille à tête chercheuse, chercheuse de feu sur les mille points perdus de nos rétines.

Le poème est une aiguille de feu pour éclater la représentation en myriades d’images poétiques. Pour lutter contre la violence implicite de tous les discours, tous les systèmes fussent-ils républicains ou laîques.

Le poème est une aiguille de feu pour découdre le mal et le bien et les faire bals, mien, tien, rebondissants.

 

Ne jamais donner sa langue au char et toujours revenir sur les lieux du poème.

fleur de séisme

Les mots nous sont étroits

Aux lisières des précipitations appliquées, dans le nuage de la quantique mécanique, haut lieu de rencontre et d’incertitude,

où les comètes font trembler le plan et l’espace se démultiplie en bulles d’espace,

dans la marmite des mille bouillonnements, épopée de l’aporie, aporie à l’épée, machette pour fendre et laisser déposer l’écume

où l’on fauche à la main des champs de sémiotiques conventionnelles,

où l’on défriche le sens rhizome avec pour toute frontale une frontière à déplacer et pour ligne d’errance la trace laissée par le dernier, avec pour corps de flottaison, le sien, le sien et celui de tous les naufragés.

Vécus sans sépultures cherchent émotions non assignées.

Là où nos grandes bouches profanes s’échinent à écorcher la réalité,

où les notes font table rase rose,

où l’on se cherche la terre, se creuse la tête, où l’on sonde le monde, enfourne nos vieilles capes rapées, carnaval archet de papa arbalettre, où l’on enfante nos feuilles de griot papier.

Je débats la mesure à travers des champs de vertige, texte au couteau pour qu’il crache ses trésors de nuits, mélodies, rythmes guttures et mélodies.

J’ai questionné les techniciens du sacré, ceux qui créent la musique en frottant les feuilles et extorque le parler vrai de la nervure des partitions.

J’ai mis le textes en pièces, joué ses sons comme un xylophone de pur par-hasard, syllabes giclant à la roulette.

De résonance j’ai texté chanté testé la texture du bois de chacun de leurs caractères et tac,

j’ai éprouvé et croqué l’irisation des harmoniques invisibles,

arpenté les ports pour comprendre la science des nœuds et des cordes,

j’ai interrogé la morsure jusqu’au sang, la foudre jusqu’au sens, et le tatouage qu’elle laisse sur le cœur du texte.

J’ai questionné ceux souterrains qui savent tresser le feu horizontal.

J’ai frotté confronté les mots et les tomes pour traduire le flot des masses noires, jusqu’au centre choc,

ce qui fuit hors cases, le fret less du monde, ce qui laisse la laisse aux chiens de schengen et la lente langue identitaire à sa mastication de pouvoir. Mordre ordre ordre mordre. Ô.

J’ai osé les illisibles, la ronce, ses réseaux et secrets, mains tenues dans le même filet, la maille sentie des croches.

Là où le réel se désagrège, où les fragilités comme des forces éclatent en bouche, écorces et champagne

là où l’on marche sur le barbelé funambule du monde, où il faut extraire la pelote sans en casser aucun des fils phosphorescents, où l’on a plus le choix, où il faut pousser plus loin, tenir nager rager à contre écume, un os d’eau salé à la bouche, ne pas se retourner, aller, continuer jusqu’à l’autre rive, l’autre bord, celui que l’on atteint jamais, où il ne fallait pas se lancer, là où seul l’élan compte, où l’on jette nos corps et nos pertes pour de nouvelles questions,

où l’on marche obliques sur des tessons de silence le long de nos lèvres, rêves chargés d’explosif et d’amour, où l’on détoure des dessins de moutons noirs, où l’on raye et sillonne,

où l’on sourit en coin aux mille point borgnes de l’humanité.

Là où rien ne peut faire exception à la grêle, où, parmi la mitraille de gros sel qui pleut sur notre carcasse à vitesse free-jazz, l’on peut ramasser des cartouches encore pleine.

Là où l’établi de l’ordre est une anecdote sur le boulevard des lucioles possibles.

Encre sang sel sens

se répandent entre les poètes de sang mêlés

là où la lumière devient bruit, intifada de la respiration

où la plume transfuse le jour dans des projectiles de nuit, où la fleur artificielle attend son heure pour tailler un autoportrait à l’infini, où nous faisons tous à la règle une grêle d’exception dans le dos,

où l’on écrit des prophéties du présent qui s’effacent l’instant d’après, irisations de noms, assertions aux fondations-vapeurs, ce qui se croque, là où l’on écrit des doubles, des ombres, des pattes, mouches errantes, d’un verbe lierre qui rampe. Où l’harmonie est le secret des grands papillons troubles, où l’on essaye de jeter des cailloux de l’autre côté de l’océan. Où les mots nous sont étroits.

Je cherche à parler en dehors des notes, des clous, des notes clouées sur tous les murs, pour qu’ils en tombent, au milieu des gravats.

Dans le creuset fusion des papilles.

Où l’origine sera toujours remise à plus tard.

Où l’on se contamine de devenirs contigus. Saxophones plantés au conflit des vagues. Les mains collées en prière sur le tube-tourbillon.

Parole torrent de pierre coulant à même le cuivre, lance l’ancre vers le soleil.

Où les mots nous sont étroits.

Oyé oyé tempête sur le fleuve amour textes et jazz s’unissent, les travailleurs de la noce sont sur le pont, le rituel improvisé doit boire sept fois la tasse pour refaire surface. Je laisse la place.

Les mots nous sont étroits

Grimmoire d’Algues

grimmoire d’algues sur le pont de l’histoire la poésie blues me pousse au ventre

rythme ressac et roulis d’coquille

les pieds martèlent l’eau et tonneau-ka-roulé

cœur vague éboulement

l’esprit vient de la mer et tonneau-ka-chanté

papyrus d’écume, corps brisés

on a forcé, troué, plié les frontières et le tonneau a roulé

grain alizé, la voix air brasé lève le paysage

la voix est un levain

les coqs bercent la conscience de nuit

polyphonie des étoiles qui martèlent la trame

la voix est un levain

partition trouée

partition jouée

sa fleur de sel me ronge la langue

radeau médusé

la voix est un levain

combien de tonneaux de rhum, de guinées, de sucres, d’algues, de tonneaux d’hommes ont jusqu’ici bercé nos rêves

la polyphonie des étoiles rassemble les âmes

grimmoire d’algues sur les ponts de l’histoire la poésie blues me pousse au ventre

Grimmoire d’Algues

union

au nom du verbe qui coud découd, lie délie et du souffle qui suffit à rassembler les notes en une parole

au nom des calmes qui cintrent la tempête

au nom des savoirs de silence qui innervent les champs de l’Alabama et la nuit caraïbe

au nom des sept rythmes du gwo ka qui déportent les corps et des douze alizés qui les bercent

au nom des temples thoraciques et des dieux clandestins qui traversèrent sous la treille des négriers

au nom de nos nuits à traquer l’or du rythme dans la boue des fleuves,

au nom des mélodies qui paillent le lit de nos cicatrices, flute diamantaire dans les fêlures

au nom des trompes indomptées, des litanies chamanique tapées au bâton

quand les mots se font atomes et trace autour de nos vides des orbitales

au nom de l’être ensemble et du faire-un tout en restant multiples.

Un signe provisoire dans la blessure clignote

ne pas écrire mais forer des passages, ne pas écrire mais éclater le sens d’un grand rire ontophonique, ne pas écrire, juste cracher des noyaux incandescents…

Au nom des brass band, des solos et des foules qui pressent derrières mes pupitres

au nom des jeunesses américaines andalouses et inflammables aux quatre brousses de la terre

au nom du mélange des poudres et des munitions qui s’alignent sur ma table et éclusent nos feuilles

au nom des basses et contre basses ocres et rouges des musiques amérindiennes

au nom du free texte et de tout ce qui crépite dans le ravin

au nom du blanc tellurique qui suit le séisme et des perce neiges qui y poussent

au nom de tous les textes comme amourette évanescentes, qui, par pudeur quittent la scène comme la rosée au premier rayon de soleil

au nom de toutes les intranquillités créatrices, des archipels ricochets et des mémoires instantanées

au nom des liens musicaux et érotiques qui poussent comme un verbe sauvage dans les décrues du fleuve Amour

au nom des palais aux mille plaisirs, des codas du tendre, de tout ce qui claque squatte et scat la langue

au nom des sphères millénaires et des mélodies toujours neuves frottées en leurs seins.

au nom des particules échauffées, de la porosité et de tout ce qui saute entre les lignes

au nom de cette terre qui tourne plus vite que tous les obsédés du territoire

au nom de la clef des sols, des champs et de tous les textes de passe

au nom de l’ivresse derviche, de l’emportement et de tous les niveaux de grisements

au nom du bégaiement poétique et des innombrables piano à palabres

au nom du fétiche burkinabé et de la lignée des griots Yankini Traoré dont je suis un frère papier

au nom du commerce gratuit des beautés et du geste offert

au nom de toutes les langues de l’amour qu’elles soient écrites ou jouées, qui émaillent creusent éraillent le couvercle soi disant dormant réalité

au nom de tout cela et au nom de toute l’assemblée ici présente, sous les cieux les plus doux et vaudous de Mr Pan, en un coup de démesure comme en mille, je déclare le jazz et le texte uni par les traits les plus libres et les unions les plus poétiques.

Que la fête nous poursuive

union

Fleurs plantées drues

Miradors en zone érogène

les hommes promènent leurs carcasses musclées et sans doigts

Coup de dents, de bouche, de langue,

on a irradié nos corps manchots de sens uniques

projectiles sous la morale, dans la mare, sur la vitrine,

tout ce qui nous tient à distance, la civilisation en cas d’urgence, les uns des autres, et de la vie.

Tic tac à l’entour des charniers sous cellophane, couloirs lyophilisés et étiquettes qui fondent au dessus de nos portes.  La roue de la pellicule vocifère.

Mon cerveau est un vaste  village où tout le monde parle à tout le monde.

Horizons en ramifications, je durcis mon attention isotrope, réfléchis mes rancoeurs pour atteindre arracher la racine des miradors.

Les lumières sont murmures kaléidoscopiques. Notre nuit se sature de chemins.

Fleurs plantées drues